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Le deuil des enfants : vouloir protéger à tout prix est souvent une erreur

Le deuil des enfants : vouloir protéger à tout prix est souvent une erreur

Quand un enfant perd un parent, un frère, une sœur ou un proche, la réaction des adultes est souvent instinctive : protéger. Éviter d'en parler, détourner les questions, chercher des mots plus doux pour atténuer la violence de la réalité. Pourtant, ces réflexes, aussi bien intentionnés soient-ils, peuvent parfois compliquer le processus de

"On pense souvent que si on n'en parle pas, l'enfant sera moins triste. En réalité, il reste seul avec ses questions", explique Marie Mercenier, psychopédagogue de formation et animatrice bénévole du groupe Tournesol, un espace d'accompagnement pour enfants endeuillés. "La tristesse est déjà là. Ce qui change, c'est que l'enfant n'a plus d'endroit pour la déposer." Car si les enfants vivent le deuil intensément, ils ne le vivent pas comme les adultes.

Comprendre la mort, étape par étape

Avant cinq ans, l'enfant ne comprend pas encore la mort comme un événement définitif. Mais il perçoit par contre très bien les bouleversements qui l'entourent : l'absence, les pleurs, les changements dans le quotidien… "Chez les plus petits, la mort se vit d'abord dans le ressenti. Ils sentent que quelque chose s'est cassé dans l'équilibre familial."

À partir de cinq ou six ans, la compréhension devient plus concrète. Les questions arrivent et elles surprennent parfois les adultes par leur précision. "Les enfants veulent comprendre ce qui se passe réellement. Ils peuvent demander pourquoi le corps est froid, ce que deviennent les cendres ou ce qui se passe dans la terre." Attention, ces questions ne traduisent ni une fascination morbide ni une sorte d'insensibilité ; elles correspondent simplement à un besoin fondamental de l'enfant de donner du sens à ce qui vient de se produire.

Le piège des mots trop doux

Face à la dureté du mot "mort", beaucoup cherchent des formulations plus rassurantes : "il est parti", "il dort", "il est au ciel"... Mais si ces expressions paraissent plus supportables à prononcer, elles peuvent introduire de la confusion chez l'enfant.

"Les enfants ont besoin de mots vrais, insiste Marie Mercenier. Dire qu'une personne est morte, puis expliquer simplement ce que cela signifie les aide beaucoup plus que des métaphores."

En effet, lorsqu'on parle d'un parent qui "dort", l'enfant peut craindre de s'endormir lui-même. Lorsqu'on évoque quelqu'un qui "est parti", il peut attendre son retour… Et dans ces zones floues, l'imagination prend rapidement le relais.

La culpabilité, un sentiment souvent invisible

"L'un des aspects les moins connus du deuil chez l'enfant est la culpabilité", observe Marie Mercenier. Et de rappeler que la pensée enfantine reste largement "centrée sur soi", ce qui peut amener l'enfant à établir des liens erronés entre ses actions et la mort. "C'est très fréquent. Un enfant peut repenser à une dispute avec le parent décédé, au moment où il a dit "je te déteste", par exemple, Si le parent meurt ensuite, il peut croire que c'est à cause de lui." Ces associations ne sont pas toujours exprimées à voix haute. Elles restent parfois silencieuses, mais peuvent peser lourdement dans le vécu de l'enfant.

Dans certains cas, les liens imaginés sont encore bien plus surprenants. "Un petit garçon avait associé la mort de son père à la naissance de sa sœur, survenue peu après. Pour lui, les deux événements étaient liés. Sans explication, ce type d'association peut rester longtemps dans l'esprit de l'enfant."

Les enfants protègent parfois les adultes

Autre phénomène fréquent : certains enfants cherchent à protéger le parent qui reste. Lorsqu'un père ou une mère meurt, l'autre parent est souvent submergé par le chagrin. Et l'enfant le perçoit immédiatement. "Beaucoup d'enfants se rendent compte que parler du parent décédé provoque énormément de tristesse chez l'adulte. Alors ils gardent leurs émotions pour eux. Ils ne veulent pas provoquer davantage de peine." De quoi isoler l'enfant encore plus dans son propre deuil.

Caroline Beauvois, Journaliste - L'Avenir