Ce deuil qu'on ne prend pas toujours au sérieux
S'il existe un deuil qui reste souvent silencieux, minimisé voire même balayé du revers de la main, c'est bien celui d'un animal. Pourtant, la disparition d'un chien, d'un chat ou de tout autre compagnon peut être vécue comme une véritable perte. Car pour beaucoup, c'est tout simplement un membre de la famille qui s'en va.
Le panier est toujours là, dans un coin du salon La gamelle aussi. Mais le chien, lui, ne reviendra plus.
Pour beaucoup de propriétaires, la disparition d'un animal laisse un vide immense – un silence soudain dans un quotidien autrefois rythmé par des balades, des miaulements de bienvenue ou un museau posé sur les genoux.
Alors que l'animal occupe une place de plus en plus centrale dans nos sociétés, partageant nos quotidiens, nos moments de solitude et parfois même le lit ou le canapé, sa disparition reste pourtant encore largement minimisée.
"C'est juste un animal", entend-on parfois. "Tu en reprendras un autre." Des phrases dites parfois avec de bonnes intentions, mais aussi parfois avec incompréhension, qui résonnent comme des gifles pour celles et ceux qui viennent de perdre un compagnon fidèle de dix, quinze ou parfois vingt ans…
Car le lien tissé avec un animal dépasse largement la simple cohabitation. Il accompagne les joies comme les épreuves : les déménagements, les ruptures, les moments de solitude… Pour ceux qui n'ont jamais partagé ce lien, la douleur peut sembler difficile à comprendre. "Aujourd'hui, pour beaucoup de personnes, l'animal est un membre de la famille à part entière", explique Nadège Depessemier, psychologue spécialisée dans l'accompagnement du deuil animalier. "Mais la souffrance liée à sa disparition reste encore terriblement incomprise.
Une disparition souvent brutale
La violence de cette perte tient aussi à la manière dont elle survient. Souvent, la disparition d'un animal arrive brutalement : un accident, un conducteur distrait ou trop rapide, une visite chez le vétérinaire qui bascule soudainement… En quelques instants, tout peut s'accélérer.
Les propriétaires se retrouvent alors parfois face à une décision lourde : poursuivre les soins ou abréger les souffrances. Et dans bien des cas, l'euthanasie s'impose. Une décision difficile, qui laisse souvent un sentiment d'impuissance et de culpabilité.
"C'est une particularité du deuil animalier : on prend la décision à la place de l'animal", rappelle la psychologue Nadège Depessemier. Après la disparition, les questions reviennent souvent : ai-je bien fait ? Aurais-je dû attendre encore un peu ? Des doutes qui peuvent prolonger la douleur.
Car perdre un animal, c'est aussi perdre celui dont on se sentait responsable. Celui que l'on nourrissait, protégeait, soignait. Et lorsque tout s'arrête, cette responsabilité laisse place à un mélange de tristesse, de culpabilité et d'impuissance. C'est que, parfois, le plus petit des compagnons laisse le plus grand des silences.
Les nouveaux rituels du deuil animalier
Le deuil animalier reste encore peu ritualisé, mais les mentalités évoluent. Des crématoriums pour animaux se multiplient ces dernières années en Belgique, certains proposent même des cérémonies ou des lieux de recueillement. Ces endroits offrent aujourd'hui une alternative à l'équarrissage, la filière classique de collecte des corps d'animaux. Une solution qui répond à une réalité simple : tout le monde n'a pas un jardin pour enterrer son compagnon… Une manière de donner un cadre à l'adieu.
Et pour certains, le lien va encore plus loin. La législation a d'ailleurs récemment évolué pour permettre - sous certaines conditions - qu'un propriétaire repose avec son compagnon. Concrètement, depuis 2024, les cendres d'un animal peuvent aujourd'hui être placées dans la tombe de son maître ou enterrées à ses côtés, à condition que l'animal ait été incinéré et que son urne reste distincte. Les restes ne peuvent pas être mélangés, mais ils peuvent partager le même lieu de repos.
Caroline Beauvois, Journaliste - L'Avenir