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Les gardiens des cimetières

Les gardiens des cimetières

Ils gèrent tout ce qui peut se passer dans un cimetière, de l'entretien des sentiers à l'accueil des familles, en passant par la conduite de petites pelleteuses. Les fossoyeurs assurent un rôle charnière dans le secteur funéraire. Rencontre.

Légende : Bruno Parmentier, contremaître de cimetière à la commune de Namur.

Insert : "Nous aimons nous intéresser aux histoires des pierres tombales, à la symbolique funéraire et aux nombreuses épitaphes."

Être fossoyeur, c’est bien plus que de faire des trous et de les reboucher. Quelles sont vos missions ?

Nous sommes connus aux yeux du public pour descendre les corps en terre. Mais nos missions sont bien plus vastes. Nous gérons tout ce qui se passe au cimetière. Nous creusons et comblons les fosses, manipulons des cercueils et des ossements dans le cadre de l’inhumation et parfois de l’exhumation. Dans le cas d’une incinération, nous procédons à la dispersion des cendres. Nous réalisons certaines tâches administratives. Nous sommes aussi les représentants de l'autorité communale. Quand un cercueil arrive au cimetière à bord d'un corbillard pour un enterrement, il n'est plus sous la responsabilité des pompes funèbres. Il entre sous notre responsabilité. Nous sommes les derniers maillons des funérailles !

Qui compose votre équipe ?

A Namur, nous formons une équipe de 14 fossoyeurs actifs pour 30 cimetières du territoire, dont le grand cimetière de Belgrade couvrant 12 hectares. En réalité, nous faisons partie du département technique de la voirie. Nous sommes donc à l'origine des ouvriers de voiries. Nous travaillons sous la responsabilité d'un brigadier. Celui n'est pas toujours actif sur le terrain, mais il gère principalement de façon administrative l'exploitation des parcelles, l'attribution des caveaux et des concessions. Par exemple, c'est lui qui attribue le fameux numéro de plomb qui suivra le défunt jusque dans sa tombe, pour l'identifier. C'est également lui qui va planifier le calendrier des exhumations, une activité pénible du métier !

Qu'en est-il de cette pénibilité ?

Exhumer est clairement une raison de classer notre activité dans la case « pénibilité ». C'est là qu'on voit si une nouvelle recrue pourra tenir le coup ! On ne le cache pas, les images d'exhumations et les odeurs nous suivent jusque chez nous. C'est un travail lourd psychologiquement et physiquement, et qui justifie bien notre prime d'insalubrité.

Quelles sont vos protections pour cette tâche difficile ?

Une bonne combinaison, une visière pour être protégé des éclaboussures, et des gants... Mais ceux-ci peuvent facilement être percés par des clous du cercueil. Nous devons donc être vaccinés contre l'hépatite B. C'est une obligation.

La météo est un facteur important pour vous ?

Bien sûr. L'exhumation est d'autant plus dure qu'elle n'a lieu, dans nos cimetières, qu'en saison hivernale, du 15 novembre au 15 avril. C'est une règle qui nous évite de ressortir des corps à la chaleur de l'été. Mais à l'inverse, nous devons parfois patauger dans la terre boueuse.

Quels sont vos « refuges » pour vous protéger ?

Une équipe soudée et la solidarité entre collègues. C'est sacré.

Quels sont les aspects séduisants de votre lieu de travail ?

Le calme et la verdure. Nous aimons nous intéresser aux histoires des pierres tombales, à la symbolique funéraire et aux nombreuses épitaphes. 

Pénurie et formation par la Région

La Wallonie compte environ 800 fossoyeurs pour la gestion de 2 300 cimetières. Et c'est trop peu!

D'autant que de nombreux sites sont régulièrement confrontés à du vandalisme, aux vols, et une mauvaise gestion de la végétalisation. Pour y remédier, la Région wallonne forme du personnel qualifié depuis 2013 pour une meilleure gestion de ses cimetières. La formation de fossoyeurs est dispensée en cinq modules qui recouvrent l’ensemble des connaissances nécessaires à ces opératifs un peu particuliers. Ces modules abordent entre autres la gestion et l'entretien du patrimoine funéraire, l'accueil des familles, l'ergonomie et les mesures de sécurité, l'exhumation. L'épreuve finale examine le travail de fossoyage, la tonte d’une surface engazonnée, et des formulaires administratifs à compléter, dans de fausses tombes et dans un cimetière didactique. Chaque année, 200 à 300 personnes suivent les modules.

Informations : www.crf.wallonie.be