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La mer comme dernier voyage

La mer comme dernier voyage

En Belgique, l'immersion de cendres en mer au départ d'un bateau se pratique depuis de nombreuses années. Mais ce choix de sépulture rencontre un succès grandissant dans le sud du pays. Rencontre avec le directeur d'une société mandatée.

Michel Seeger, directeur d'Endlis, entreprise de pompes funèbres à Ostende.

Voilà près de 20 ans que Michel Seeger et son équipage partent en mer pour accomplir un dernier voyage. Celui de défunts qui ont fait le choix poétique de plonger en mer pour l'éternité. Immerger les cendres en mer, et non les disperser, c'est la proposition originale d'Endlis, une société ostendaise spécialisée en « funérailles nautiques ». Car en Belgique, s'il est interdit de disperser librement les cendres d’un défunt dans la mer du Nord, il est par contre autorisé d’y plonger une urne biodégradable qui, au contact de l’eau salée, coule doucement et se dissout naturellement au fond de la mer.

Flamands, Wallons, Bruxellois... et célébrités, tous dans le même bain

La pratique connaît un succès grandissant, comme le confirme Michel Seeger : « Nous allons arriver à 500 dispersions pour cette année 2023, comptabilise le directeur d'Endlis. Le public flamand est bien sûr très concerné, et les Francophones de Wallonie et de Bruxelles sont toujours plus nombreux à s'y intéresser aussi. » Même succès auprès des Luxembourgeois et des Allemands. « Ils ont un grand lien avec la Côte belge, qu'ils peuvent rejoindre en 2 ou 3 heures, alors que leur côte est à 8 heures de voitures pour certains... »

Il faut dire que dernièrement, l'immersion du chanteur Arno en 2022 a agit comme un coup de pub pour l'entreprise dans le sud du pays. Les cendres du chorégraphe Maurice Béjart et du poète Hugo Claus ont aussi été immergées au large d'Ostende, participant à la notoriété de l'entreprise.

« Économique et écologique »

Mais cette hausse reste relative : « Sur 100 000 décès par an en Belgique, près de 75 % optent pour la crémation... dont 500 terminent en mer. Moins de 1% ! » Soit une goutte dans l'océan ! « C'est que le concept reste encore méconnu, et semble destiné à des personnes fortunées », estime Michel Seeger. A la carte des tarifs, « le voyage en bateau avec la famille à bord débute à 450 €. Une alternative économique à la concession d'une sépulture en cimetière », ajout-t-il. Si la famille souhaite avoir un bateau privatif, cela lui coûtera 950 €. L'aspect écologique de la crémation et de la formule semble aussi séduire les familles.

Départs collectifs ou individuels

Sur des bateaux reconvertis, à l'origine conçus pour le transport des touristes ou la pêche, les familles embarquent du 1er avril au 31 octobre principalement. « Nous partons dans 99% des cas, car nos bateaux sont d'une grande stabilité, même en conditions météo capricieuses. En hiver, les départs sont plus incertains. » Les embarquements sont soit collectifs, soit individuels. « En collectif, les samedis et dimanches, chaque famille profite d'une cérémonie privée de 5 à 10 minutes. Et en individuel, lors d'une date au choix, le groupe peut profiter d'une cérémonie de 20 à 30 minutes, pour un temps de voyage total de 1h30. » En moyenne, les familles viennent par groupe de 15 à 20 personnes. « Et plus le groupe sera petit, plus le moment sera intime », raconte Michel Seeger.

Face aux éléments

Si parmi les invités, la majorité semble hésitante et étonnée par le concept auquel ils vont participer, très vite, l’atmosphère sereine de la mer les gagne. « Et finalement, les passagers changent de cap et en ressortent avec une émotion de soulagement. Avec le bruit des mouettes et des vagues, l'immensité du panorama, l'immersion dans la nature, l'oxygène, et l'eau qui vous berce doucement... l'ambiance prend une tournure intime, et même de plus en plus festive ! On sort la coupe de champagne et les souvenirs heureux reviennent à chacun. »

Le bateau s'immobilise en mer au large d'Ostende, pour les sorties standard, ou sur un point spécial : « Face à la maison de vacances du défunt, ou à la station balnéaire de son cœur. Où encore, là où les cendres de son conjoint ont été déposées plus tôt... » En douceur, l'urne peut alors descendre, au terme de la cérémonie. « Nous laissons la possibilité à la famille de poser elle-même l'urne directement dans l'eau. » Celle-ci va flotter 5 à 10 minutes, entourée d'une dispersion de fleurs. Puis, très lentement, couler dans les vagues et se décomposer.... pour commencer son grand voyage à travers la mer.

www.endlis.be

Pratique sous contrôles

Une telle sortie en mer, ça ne s'improvise pas ! Inutile de se présenter sur le quai avec des cendres « anonymes » et sans rendez-vous. Mais dans les deux jours ouvrables, l'entreprise Endlis peut assurer un service personnalisé, à condition de remplir certaines formalités et suivi administratif. Le directeur Michel Seeger y veille. « Nous devons contrôler l'identité des cendres, avec le matricule d'incinération présent dans l'urne. Celui-ci doit correspondre avec l'acte de décès, permis d'incinération, permis de transport... et nous devons demander un permis de navigation à la ville d'Ostende pour chaque sortie. »

Une urne en carton papier-mâché biodégradable spécialement conçue pour l'immersion en mer doit être prévue. « De formats basiques au style coquillage, de toutes couleurs et à tous les prix, dès 50, ces urnes se dissolvent entièrement au contact de l’eau. Les modèles « slow goodbye » continuent de flotter durant 1 à 5 minutes avant de couler. » Et comme les cendres sont remises au crématorium dans une urne en aluminium scellée, celles-ci doivent être transvasées par un prestataire habilité, comme les pompes funèbres, le crématorium, et la société Endlis.

Traditions maritimes pour une cérémonie

Exergue : « L’équipage fait alors résonner à 8 reprises la cloche du navire, une tradition maritime lors de la relève de la garde. »

Une cérémonie d’adieu en mer se déroule conformément aux traditions maritimes. A bord avec Endlis, société mandatée par les autorités, un capitaine, son équipage et un maître de cérémonie accompagnent les familles, qu'elles soient issues de l'univers marin ou pas. Une fois que les membres de la famille et les amis ont embarqué, l’urne du défunt est amenée à bord au son d’une flûte. Après les salutations du capitaine, le drapeau belge, ou toute autre nationalité souhaitée, est mis en berne.

Une fois arrivé sur les lieux de la dispersion, la courte cérémonie se ponctue de discours évoquant le défunt, et l’urne est déposée en mer. L’équipage fait alors résonner à 8 reprises la cloche du navire, une tradition maritime lors de la relève de la garde sur les bateaux traditionnels, symbolisant des adieux en mer. Après le dépôt en mer, le bateau exécute un tour autour du lieu, drapeau en berne. Ceci peut se passer en silence ou avec un accompagnement musical. Avant de revenir à quai, il rend un dernier hommage par le biais de 3 longs coups de corne de brume, le drapeau hissé au sommet du mât. Au terme de la sortie, le capitaine remet à la famille un document précisant la position exacte où l'urne a été déposée.

Voyage commémoratif, aussi

La tradition maritime invite aussi à se souvenir. Alors qu'à la Toussaint, le temps est au recueil dans les cimetières, des départs commémoratifs sont désormais proposés aux proches des défunts en mer. Et lors de dates symboliques (anniversaire de mariage, de décès, etc.), les sorties sur demandes sont aussi prévues, en compagnie d'un maître de cérémonie pour un service personnalisé.