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Groupes de parole deuil : "Entre parents endeuillés, on se comprend"

C'est pour rompre cet isolement que les groupes de parole existent. Beaucoup de parents qui franchissent la porte de l'association Parents désenfantés disent pourtant avoir des proches, des amis, une famille à qui parler. "Mais malgré ces présences, ils se sentent seuls, explique Gwenaëlle Ansieau. On peut se sentir très isolé parce qu'on a le

Avec le temps, beaucoup apprennent même à dissimuler leur douleur, et tentent de reprendre le fil d'une existence qui, vue de l'extérieur, semble redevenir normale. "Alors, on met un masque. On fait semblant que ça va pour ne pas déranger les autres", dit-elle.

Les groupes de parole offrent un espace où ce masque peut enfin tomber. "Ici, on peut redevenir soi-même." Les rencontres se déroulent simplement : quelques chaises disposées en cercle, un après-midi partagé, et la parole qui circule librement. Aucun thème imposé. Les parents parlent de ce qu'ils veulent : des souvenirs, de la colère, de la culpabilité, ou simplement de la manière dont se déroule leur quotidien depuis la perte, explique la bénévole.

Parfois aussi de gestes ou de pensées qu'ils n'oseraient jamais confier ailleurs.

"Lors d'une rencontre, une mère racontait qu'elle ouvrait à peine la porte de la chambre de son enfant, passait très vite et refermait aussitôt pour ne pas laisser "s'échapper" son odeur." Ailleurs, on trouverait ça étrange. Ici, tout le monde comprend. "On sait que c'est dérisoire. Mais c'est un instinct de survie."

Ce partage entre personnes qui ont vécu la même épreuve est précisément ce qui fait la force de ces rencontres. Ici, nul besoin d'expliquer longuement ce que l'on ressent, les autres comprennent déjà.

Mesurer le chemin parcouru

Et ces échanges permettent aussi de mesurer le chemin parcouru. "Quand quelqu'un arrive dans un groupe après un deuil récent, voir des personnes qui ont déjà trois ou cinq ans de recul, c'est un message énorme." Un signe que l'on peut avancer, même si la douleur ne disparaît pas.

"Elle se transforme, explique la maman. Petit à petit, la vie reprend du terrain. On reprend des activités, un travail… Le deuil passe un peu à l'arrière-plan, mais il reste toujours présent."

Dans ces groupes, les maladresses entendues à l'extérieur reviennent aussi souvent dans les discussions. Des phrases qui blessent, parfois involontairement.

"La pire chose qu'on puisse dire, c'est "je te comprends". Si on ne l'a pas vécu, on ne peut pas comprendre."

"Seuls les autres parents peuvent le dire"

Autre phrase difficile à entendre : ""Avec le temps, ça ira mieux." C'est peut-être vrai, mais seuls d'autres parents endeuillés peuvent le dire." Ici, les règles sont simples : la bienveillance, l'écoute, le respect et le soutien. Chacun parle à son rythme : certains beaucoup, d'autres presque pas. "Mais tous savent qu'ils peuvent être là sans avoir à se justifier."

Et contrairement à ce que beaucoup imaginent, ces rencontres ne sont pas uniquement des moments de tristesse. "On ne fait pas que pleurer, sourit-elle. Entre nous, il arrive qu'on rigole aussi. Parce qu'on se comprend."

Avec très peu de choses, finalement. Pas de thérapie formelle, pas de protocole complexe, juste des parents réunis dans une pièce, commente-t-elle. "Je suis toujours frappée de voir l'immensité de ce qu'on peut faire avec quatre murs et des chaises."

Car dans ces salles, certains arrivent brisés, parfois incapables de prononcer les mots "j'ai perdu mon enfant", puis repartent avec une sensation nouvelle : celle de ne plus être seuls dans cette douleur intense.

Caroline Beauvois, Journaliste - L'Avenir